Comment contrôler ses émissions de gaz dans un monde en télétravail ?

Publié le : 14/05/21
  • Pendant longtemps, le travail à distance a été présenté comme un moyen de réduire l'impact environnemental des entreprises. Mais maintenant qu'il est pratiqué en masse, fait-il vraiment une grande différence ? Et comment les entreprises peuvent-elles le mesurer ?

    Si les employés n'effectuent plus leurs trajets domicile-travail à forte intensité de carbone, il s’avère cependant que la plupart des émissions « économisées » sont simplement transférées de leurs bureaux à leurs domiciles. Dans certains cas, l’empreinte carbone a même augmenté par plus d’énergie utilisée de manière moins efficace. Les entreprises, quant à elles, se voient dans l’obligation de se tourner vers des programmes d'énergie durable qui leur permettent de rendre compte avec précision de ces émissions dispersées - et de les réduire là où elles le peuvent.

    Le travail « hybride » complique les choses

    A court terme, les entreprises ont une priorité : réduire les coûts d'exploitation de leurs locaux qui sont sous-utilisés. En effet, même lorsque les programmes de vaccination à l’échelle mondiale auront touché une plus grande partie de la population active et que les restrictions auront été assouplies, peu d’entreprises et d'employés s'attendent à retrouver une semaine de travail complète au bureau.

    Une étude réalisée en janvier 2021 par la société d'immobilier commercial Cushman & Wakefield va dans ce sens. Elle prévoit que le travail hybride double dans un futur proche et que les locataires de bureaux demanderont une plus grande flexibilité en termes d'espace, de commodités et de conditions de location.

    Cette évolution des modèles de travail fait déjà supporter un coût important  aux entreprises. Des études montrent que des grandes villes comme New York et Londres ont été les plus touchées par le passage au télétravail. À Londres, selon les estimations de la start-upp Space Three Two, spécialisée dans le partage de bureaux, les bureaux vides devraient coûter près de 13 milliards de livres aux entreprises.

    Selon Matt Lucas, vice-président de la division Global Energy Management (gestion de l'énergie au niveau mondial) chez Sodexo, les entreprises ne perdent pas de temps et mettent en place des mesures d'économie d'énergie afin de réduire les coûts et de se rapprocher du bilan carbone zéro. Selon lui, les entreprises devraient utiliser au maximum les données pour s’assurer des gains rapides comme par exemple avec l'optimisation des bâtiments, qui permettra d'améliorer à la fois le contrôle et l'efficacité de leur système de gestion des bâtiments (BMS), du chauffage, de la ventilation et de la climatisation.

    Il ajoute que « Les entreprises peuvent également investir dans d'autres technologies à gain rapide, telles que l'éclairage LED, qui fournit un rendement lumineux supérieur pour un coût considérablement réduit, comparé à l'éclairage fluorescent traditionnel. La production d'énergie renouvelable sur site couplée au stockage sur batterie est une autre bonne option à explorer, qui peut également être entièrement financée par un contrat d'achat d'électricité », et que « Ces investissements peuvent souvent être positifs en termes de trésorerie dès le premier jour ».

    Pourquoi mesurer les émissions dispersées peut-être un véritable défi pour les entreprises

    Plus d'un quart des entreprises (27 %) s'attendent à ce que le travail à distance réduise leur empreinte carbone de plus de 50 %, selon l'analyse de CapGemini analysis.

    Mais les recherches de l'IEA révèlent que cela n’est vrai que si le trajet de l'employé est supérieur à 6 km ; s'il est plus court, les émissions générées par le travail à domicile sont plus élevées et pourraient absorber les économies réalisées. La durabilité de l'installation de chaque individu à son domicile varie en fonction de la géographie et de la saison, mais l'IEA estime également qu'une journée de télétravail pourrait engendrer une consommation d'énergie des ménages de 7 à 23 % plus importante par rapport à une journée au bureau.
     
    Selon les directives du Protocole sur les gaz à effet de serre pour le suivi des émissions de gaz, le travail à distance est une donnée facultative. Jusqu'à présent, de nombreuses entreprises n'ont pas inclus cette variable dans leur rapport global sur la durabilité – et ce, probablement pour deux raisons : l'absence d'une méthodologie claire pour le calcul des émissions et le problème de la collecte des données.

    En 2020, un livre blanc sur les émissions de gaz du télétravail confirme l’urgence de faire évoluer la situation. Le rapport alerte qu'au Royaume-Uni en 2020, la déclaration-carbone des entreprises aurait pu être diminuée de 470 000 tonnes de carbone en raison de la consommation d'énergie non comptabilisée des employés en télétravail. « On attendra des entreprises, dit le rapport, qu'elles rendent compte de manière complète et approfondie des impacts de l'augmentation du travail à domicile. »
     
    De nombreuses entreprises cherchent désormais à redéfinir l'impact sur le développement durable des pratiques de travail hybride, dans le cas où les employés partagent leur semaine de travail entre le bureau, le domicile et/ou n'importe où ailleurs. Plus que jamais, cela signifie que l'impact de leurs employés sera inclus dans leur rapport global sur la durabilité - et les entreprises devront trouver des moyens innovants pour réduire ou compenser cet impact.

    Qui prendra la responsabilité de « passer au vert » ?

    Le travail est déjà en cours. Aux États-Unis, la société Zapier, spécialisée dans les outils d'automatisation, est l'une des premières entreprises de télétravail à acheter des crédits-carbone pour compenser l'empreinte écologique de ses employés.

    Et, bien que les émissions du travail à distance soient actuellement exclues des calculs de l’empreinte de NatWest, la banque évalue l'étendue de ses émissions délocalisées et a créé un calculateur de carbone pour aider ses employés en télétravail à comprendre et à minimiser leur impact environnemental. Quant à Arcadia, la plateforme d'énergie renouvelable, elle propose désormais l'énergie propre comme un avantage du télétravail, et subventionne même les factures plus élevées de ses employés.

    « Voilà donc ce que mettent en place certaines entreprises, mais nous, en tant qu'individus, nous pouvons également participer en minimisant l'impact de notre consommation d'énergie à la maison » explique Matt Lucas, de Sodexo. « Nous avons constaté que les appels vidéo produisent 25 fois plus d'émissions de carbone que les appels vocaux, par exemple", explique-t-il. « Il est temps de se poser la question : Cette vidéo est-elle vraiment nécessaire dans la conversation ? ».

    En l'absence d'un responsable de l'énergie attitré, ou d'une personne qui supervisera les objectifs d'efficacité énergétique, les entreprises pourront avoir du mal à mesurer avec précision leur impact sur l'énergie et le carbone et donc à impliquer pleinement leurs employés. Cependant, même s'il incombe à l'individu ou à l'occupant de réduire les émissions de gaz à la maison, les employeurs devraient quand même avoir un devoir de diligence pour promouvoir le changement de comportement énergétique souligne Lucas. Il cite cet exemple : « L'entreprise peut fournir un ordinateur portable économe en énergie, et compter ensuite sur son collaborateur pour l'éteindre correctement lorsqu'il ne l'utilise pas. »

    Pourquoi l’empreinte carbone ne doit pas être seulement la responsabilité des employés

    Des entreprises de l’univers de la Tech comme Microsoft, Google et Facebook ont déjà annoncé qu'un plus grand nombre de leurs collaborateurs pourront désormais, et de façon permanente, travailler de leurs domiciles. Des entreprises de secteurs plus traditionnels leur ont suivi le pas et annoncent des plans similaires. Cela soulève des questions sur la nécessité à long terme de suivre - et de réduire - les émissions dans un environnement de travail hybride.
     
    Avec la baisse du taux d'occupation, les entreprises vont devoir repenser leurs espaces de travail. Elles pourront par exemple déménager vers des sites plus petits et moins chers afin de réduire les coûts, ou repenser les espaces de bureaux afin que les employés qui sont sur place, qui travaillent à distance ou qui combinent les deux puissent se connecter efficacement. Lorsqu'elles prennent ce genre de décisions, les entreprises voudront mettre en balance les économies réalisées et l'impact sur le confort, la santé et le bien-être des employés, ajoute M. Lucas.
     
    La pandémie de la Covid-19 a précipité ces changements pour de nombreuses entreprises, même si de nombreuses incertitudes persistent sur la façon dont les nouveaux modèles de travail vont façonner nos bureaux du futur. Pour autant, certaines entreprises ouvrent déjà la voie avec de nouveaux modèles de développement durable et acceptent de ne pas déléguer leur empreinte carbone à leurs employés.


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